Rima Maroun | Prise de terre

Au début de la pandémie de Covid-19, j’ai eu le sentiment étrange qu’une nouvelle ère s’ouvrait, que c’était la fin du monde qu’on connaissait. S’annonçait une période de peur, de doute, de séparation et de changements radicaux. J’ai été plus d’un mois confinée dans un complexe, loin de mon domicile, le monde, autour, au ralenti dans un chaos d’incertitudes. Mais l’endroit le plus sécurisant pour moi était l’extérieur. Besoin d’air frais et de me connecter à la terre. J’ai commencé cette série allongée sur le sol d’une piscine vide, puis je me suis échappée dans la nature ou dans des lieux quasiment abandonnés, les gens étant cloîtrés. En août 2020, il y a eu les explosions au port de Beyrouth. Face à cette catastrophe, celle du Covid-19 est apparue alors minime. J’ai terminé la série avec des clichés de ma ville, m’accrochant à tout ce qu’il en restait. Me rappelant ainsi, que seule la terre était mon terrain stable.

BIO | Rima Maroun, née en 1983, est une photographe et performeuse libanaise basée à Beyrouth. Lauréate en 2008 du prix de la Fondation euro-méditerranéenne
Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures avec sa série « Murmures », elle expose son travail à travers le monde. En 2007, elle cofonde le Collectif Kahraba, un collectif d’artistes avec lequel elle s’est produite dans différents projets théâtraux, et participe à
à l’organisation du Nehna wel amar jiran Festival depuis sa première édition en 2011. En 2017, elle cocrée une résidence artistique multidisciplinaire la Hammana Artist House. Elle poursuit parallèlement projets personnels et collectifs.

Rima-Maroun

ÊTRE FEMME PHOTOGRAPHE
” J’ai consciemment décidé qu’être femme artiste serait un avantage dans un monde dominé par les hommes. Que ce que j’avais à dire prenait sens à travers mon regard de femme ; c’est ce qui m’a démarqué dans mon travail. J’ai réussi à dépasser ce que l’on attendait de moi en tant que femme photographe libanaise. Je conserve l’intégrité de ce que je suis en tant qu’artiste. “

Rima-Maroun-Antoinette-DIBRima Maroun, © Antoinette DIB