Sandra Calligaro | Afghanistan, l’éternelle tourmente

Quand en Afghanistan, le 15 août 2021, les talibans reprennent le pouvoir après vingt ans de présence internationale, je suis à la fois stupéfaite et sidérée. Dans les villes, les Afghans sont paniqués par ce brusque retour des fondamentalistes religieux. Il n’y a plus de guerre : les soldats américains sont partis, l’insurrection talibane est terminée. Pour autant, la période est loin d’être paisible. Après la chute de Kaboul, le pays s’enfonce dans une crise économique et humanitaire. Alors qu’une chape de plomb tombe sur la capitale, des provinces jusque-là inaccessibles car trop dangereuses s’ouvrent à moi : le temps semble s’y être figé, mais la guerre y a laissé des traces. Les rêves envolés des urbains cosmopolites s’entrechoquent avec la fin de la clandestinité de ceux qui ont fait le djihad. Ce pays saura-t-il un jour s’apaiser ?

BIO | Sandra Calligaro, 40 ans, qui a étudié l’art et la photographie à Paris, se partage entre la France et l’Afghanistan depuis 2007, année de son premier voyage à Kaboul pour devenir correspondante de guerre, son rêve. Mais elle ne rapporte que peu de photographies de combats et s’intéresse davantage aux vies fragilisées par le conflit, à leur quotidien. Elle produit reportages et documentaires pour la presse magazine et audiovisuelle, pour des ONG, et collabore avec des institutions artistiques. Son travail se porte notamment sur l’émergence d’une classe moyenne urbaine – la forte présence internationale a bousculé les codes culturels du pays – que le retour au pouvoir des talibans met aujourd’hui en péril.

Sandra-Calligaro

ÊTRE FEMME PHOTOGRAPHE
” On me demande souvent : « Ce n’est pas compliqué de travailler en tant que femme en Afghanistan. » Non, être une femme me permet d’entrer dans l’intimité des familles. Cela a donc toujours été un atout majeur pour moi, mais c’est parce que je suis étrangère et que j’ai donc infiniment plus de libertés que les Afghanes. “

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