Anaïs Boudot | Les oubliées

Ce projet est né de l’invitation de la maison d’édition “The Eyes Publishing” pour un ouvrage mettant en regard des images de Picasso et de Brassaï sur plaques de verre. Ma série a pris forme à partir d’une collection personnelle de portraits féminins sur verre, contemporains des deux artistes. Dans un élan d’expérimentation, je suis intervenue à même la gélatine sur les représentations de ces femmes anonymes et oubliées. A passer du temps avec ces visages inconnus, tout en côtoyant Picasso dont on sait à présent les relations de violence et de pouvoir, en particulier avec les femmes, mon regard s’est transformé. Je me suis demandé où était Dora Maar ; où étaient toutes les autres qui, visibles comme muses, modèles et compagnes, ont été mises à l’écart en tant qu’artistes. Ce sont elles, « les oubliées », et c’est sans doute leur absence que ces images tentent de mettre en lumière. Le geste initial des déchirures et grattages s’est peu à peu transformé en acte de réparation.

From a collection of portraits on glass, contemporaries of Picasso and Brassaï, I intervened directly on the gelatin. Spending time with these anonymous and forgotten women’s faces, I wondered where the artists’ muses and models were. These images highlight their absence.

BIO | Née à Metz en 1984, Anaïs Boudot est diplômée de l’École nationale supérieure de la Photographie (Arles) en 2010 et du Studio national des Arts contemporains Le Fresnoy en 2013. Elle poursuit un travail autour des processus d’apparition de l’image et explore les techniques photographiques. Par des allers-retours constants entre argentique et numérique, accusant ou amenuisant la frontière qui les distingue, elle cherche à interroger les moyens qui font la spécificité de ce médium. Sa pratique est empreinte d’impressions et de ressentis personnels qui viennent s’incarner dans les images. Elle interroge les frontières du visible. Anaïs Boudot est représentée par la galerie Binome.

ÊTRE FEMME PHOTOGRAPHE
” On qualifie parfois mon travail de « sensible, féminin ». Dois-je entendre qu’une émotion particulière s’en dégage, voire une sensiblerie… ? Fait-on référence à mon sexe, mon genre, mon vécu, ou à ce que l’on attend de moi ? La photographie, indubitablement, m’a permis de m’inventer un langage pour accéder, accepter, et transformer des émotions pour lesquelles je n’avais pas nécessairement de mot ou de référence. “

Anais-boudot-SMITHAnaïs Boudot, © SMITH