Véronique de Viguerie | Le mirage vert (Émirats arabes unis)
BOURSE LE CLIMAT EN IMAGES
soutenue par le MINISTÈRE DE LA CULTURE, la DRAC NORMANDIE et LES FEMMES S’EXPOSENT
Aux Émirats arabes unis, la nature est mise en scène. Dans le désert, fermes hydroponiques, centrales solaires et villes durables construisent l’image d’un futur vert. Mais derrière cette vitrine, le pays, un des dix premiers producteurs de pétrole qui a annoncé son retrait de l’Opep début mai, reste l’un des plus grands consommateurs d’eau par habitant, grâce à un dessalement énergivore, et affiche une empreinte écologique élevée. Climatiseurs permanents, neige artificielle, îles construites : la nature est recréée pour soutenir un modèle de confort extrême. Cette logique s’étend à la société : des citoyens protégés par un État-providence, face à une main-d’œuvre étrangère, invisible mais essentielle. Ici, tout devient spectacle : animaux, paysages, climat. Le réel est scénarisé, monétisé. Que reste-t-il du réel quand tout devient image ?
In the United Arab Emirates, nature is staged to project a green future. Behind this image, heavy consumption, oil dependence, and energy-intensive desalination sustain a high ecological footprint. Artificial environments enable extreme comfort, supported by an invisible foreign workforce.
BIO | Véronique de Viguerie, photoreporter multi-récompensée, est basée à Paris. Après avoir obtenu un diplôme de droit en France, elle étudie le photojournalisme en Angleterre. Elle a travaillé trois ans en Afghanistan, puis a rapporté de nombreux reportages – du Moyen-Orient, d’Amérique du Sud, d’Afrique… – publiés dans la presse internationale. Rescapée d’un attentat à Kaboul, otage au Yémen et en Centrafrique, elle poursuit son travail avec la volonté de briser les clichés, en cherchant à mettre de la couleur dans le noir et blanc de ses images, à révéler les nuances et l’humanité au cœur des zones de crise. Elle est mère de deux filles.

ÊTRE FEMME PHOTOGRAPHE
« Étudiante, on m’a conseillée de « rentrer en cuisine ». Cette remarque m’a boostée ! Sur le terrain, être une femme m’a permis un accès à des gynécées interdits aux hommes. Qui, eux, me montraient une certaine bienveillance. Parfois, je devine un questionnement : peut-elle être une bonne mère et une bonne photojournaliste ? Comme si mon engagement faisait de moi une mauvaise mère. »
